La crise sanitaire et ses répercussions frappent durement les compagnies aériennes.

Le gouvernement français en qualité de premier actionnaire du groupe a une double responsabilité, protéger et réguler le transport aérien Français.

En accordant l’augmentation de sa garantie sur les emprunts de 4 milliards à hauteur de 90% et un prêt direct de 3 milliards, l’État français a pris ses responsabilités. Ces 7 milliards devraient nous permettre de traverser cette crise et d’appréhender plus sereinement la reprise dont tous les experts prédisent qu’elle sera lente. Par ce soutien financier, l’État Français reconnait que les entreprises du Groupe Air France sont des outils stratégiques au service de l’économie du pays.

Comme l’a annoncé de Bruno Le Maire, ces aides sont accordées sous conditions d’une transformation en profondeur de notre modèle économique, organisationnel, social et sociétal. Parmi ces conditions, on y trouve l’interdiction pour Air France d’opérer des vols intérieurs dès lors qu’une alternative ferroviaire existe en moins de 2h30 (hors alimentation hubs).

Pour la CFDT Groupe Air France, au regard de l’urgence climatique, cette exigence rappelée par le Ministre de l’Economie serait un coup d’épée dans l’eau si elle ne s’accompagne pas de véritables mesures de régulation applicables à l’ensemble des acteurs du secteur. Si l’idée est que demain soit différent d’hier, il serait incompréhensible de ne demander qu’au Groupe Air France d’arrêter son activité domestique sans l’interdire aussi aux autres compagnies. Le Groupe Air France serait encore plus affaiblie et l’impact écologique du transport aérien n’y gagnerait rien. Sans régulations applicables à tous, les compagnies européennes dites traditionnelles ou Low Cost garderont le droit de s’installer sur n’importe quelle ligne européenne au départ de France et donc sur n’importe quelle ligne domestique.

Envisager de remplacer l’avion par le train est illusoire, si la société souhaite que l’après covid soit mieux que l’avant, il est utopique de croire que le train puisse remplacer l’avion. Ces dernières décennies, les investissements liés au maillage SNCF n’ont pas été pensés pour répondre à l’intermodal Rail-Air. L’aéroport d’Orly n’est desservi que par la gare de Massy sans autre choix que le taxi ou le bus pour le rejoindre, les faibles fréquences ferroviaires de Roissy sur des horaires pas toujours adaptés et un nombre de quais insuffisant rendent la desserte de CDG ni pratique, ni compétitif. Si l’on ajoute à cela la vitesse réduite des TGV pour le contournement de Paris, le pré acheminement vers Roissy par le TGV s’avère inefficace, surtout pour les passagers voyageant avec des bagages.

S’il est exact de dire que le transport aérien doit évoluer, il ne sera pas possible de ne pas réinterroger les politiques publiques qui ont encouragé et favorisé le développement du modèle low-cost. Comment certaines compagnies Low Cost peuvent promouvoir en toute impunité des tarifs à 1 euro ? Ces compagnies comparaient, il n’y a pas si longtemps, le prix de leur billet avec celui d’une place de cinéma ! Qui peut imaginer que le modèle Low Cost à lui seul permet de proposer des billets d’avion à un prix inférieur à celui d’un masque FFP2 !  Sans les subventions régionales offertes, il leur serait impossible de pratiquer de tel tarif.

Ces compagnies ultra Low Cost plusieurs fois condamnées pour ne pas avoir payer de cotisations sociales en France et dont le jeu favori est de contourner les règles sociales ne se cachent même plus pour faire monter les enchères auprès des régions qui possèdent des aéroports.

Le groupe Air France doit, certes, aller plus loin dans son engagement à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique. Les solutions doivent répondre aux impératifs de développement durable que la société et l’urgence climatique exige. Pour la CFDT Groupe Air France, ces solutions ne peuvent se résumer à des propositions simplistes, même formulées de bonne foi, mais qui méconnaissent la réalité de notre activité. Elles doivent répondre à l’aménagement du territoire, tenir compte des capacités des infrastructures existantes en termes de transport intermodal, des capacités d’innovations de l’industrie aéronautique, des capacités de production de carburant de substitution moins carbonés, tout en évitant des taxations qui se limiteraient au seul transport aérien français ou européen. L’ensemble de la société civile doit aussi garder à l’esprit que le transport aérien est en open sky et que sans prise de conscience du rôle de régulateur de l’Etat actionnaire, l’après covid sera pire que l’avant. Sans régulation, au restaurant des consolidations le Groupe Air France finira au menu au lieu d’être autour de la table !