L’année 2017: Une très bonne année sur le plan économique.

L’industrie du transport aérien a été portée par la reprise mondiale et, pour le groupe Air France, par le retour vers la France de la clientèle étrangère, deux ans après les attentats de 2015.

Le groupe Air France a dégagé un bénéfice d’exploitation de 590 Millions d’Euros et une marge d’exploitation de 3,7 % en hausse de 1,3 point par rapport à l’année 2016 pour une offre de +2%.

Le secteur du Long-courrier s’est amélioré grâce à une reprise sur l’Asie et l’Amérique Sud. La recette au siège kilomètre offert (RSKO) est en hausse de 1,8%.

Le Moyen-courrier Hub reste toujours déficitaire malgré une RSKO de + 3%.

Le Cargo bénéficie d’une évolution à la hausse de la recette unitaire même si cette recette reste très en dessous des niveaux de 2015. Le tout Cargo avec deux avions qui représente 10% du Chiffre d’affaires termine l’année 2017 avec un résultat d’exploitation positif.

Transavia France renoue avec les bénéfices avec une augmentation de sa recette unitaire (+11,6%) quasi comparable à l’augmentation de son offre (+12,1%) qui s’est faite en rajoutant des fréquences plutôt qu’en ouvrant de nouvelles lignes

La Maintenance (8% du Chiffre d’affaires d’Air France), malgré un carnet de commandes en forte croissance enregistre une légère baisse de son chiffre d’affaires et de sa marge d’exploitation.

Les résultats de Hop se sont brutalement dégradés. Hop/AF double ses pertes, handicapé par le transfert des pilotes de Hop vers Air France, par des problèmes de maintenance, et des coûts supérieurs à la concurrence agressive des low cost et l’ouverture des lignes LGV sur le marché France qui entraine un impact sur les recettes.

L’augmentation du chiffre d’affaires de 400 Millions obtenu par une augmentation de la recette unitaire de +1,6%( hors change et recettes annexes) aurait dû se retrouver d’une façon plus importante dans le résultat d’exploitation. Le groupe Air France n’a pas réussi à atteindre son objectif de baisse de coûts unitaires de -1,5%. La direction financière explique cette difficulté par la hausse des coûts de la Maintenance avec un impact sur le coût net à l’heure de vol, par la hausse des compensations clients et par les surcoûts de Hop (recrutements et formations pilotes, mauvaise performance opérationnelle).

Dans un contexte de progression du trafic aérien au niveau mondial et d’un prix du pétrole bas, la performance financière du groupe AF/KLM est inférieure à celle de ses deux principaux concurrents européens Lufthansa et IAG. IAG vient de publier un résultat opérationnel de 3,015 Milliards d’Euros pour 2017.

Les analystes financiers ne montrent pas un optimisme béat face à nos résultats et craignent que les compagnies aériennes aient » mangé leur pain blanc « en 2017, estimant que l’année 2018 risque d’être plus difficile à cause d’une augmentation de la facture pétrolière et d’ un accroissement de l’offre sur le marché européen qui risque de déboucher sur une guerre des prix .Ils s’interrogent sur notre capacité et notre crédibilité sur l’objectif affiché de baisse de coûts en 2018.

En 2018 , le groupe Air France sera challengé par les compagnies low cost sur le long -courrier transatlantique avec Norwegian, Level et French Blue , une accélération de la concurrence sur le marché français par Easyjet, Ryanair et Volotea qui profitent de la faiblesse de Hop pour prendre nos parts de marché, sans oublier les compagnies du golfe, les compagnies asiatiques et Turkish airlines qui comptent profiter de la progression du trafic aérien .

L’entrée au capital de Delta airlines et de China Eastern et le lancement de Joon permettront-ils de répondre à toutes ces attaques ?

 

Augmentations salariales

Malgré l’amélioration de ces profits, le groupe Air France compte rester vigilant sur un éventuel dérapage de ses postes de coûts. La baisse des effectifs a permis de couvrir la hausse des salaires et l’entreprise veut rester prudente en la matière.

Paradoxalement, ces bons résultats augmentent le risque social  avec  la pression de la majorité des  syndicats qui attendent un effort plus conséquent en matière d’augmentations générales et l’ont fait savoir par la dénonciation des accords NAO qui venaient d’être signés.

Selon les statistiques du ministère du travail, la moyenne des salaires en France  augmenté de 1,3% en 2017 pour une inflation de 1,1% (hors tabac). L’accord NAO 2018 n’était donc pas décalé par rapport à la moyenne des entreprises françaises.

Depuis 2012, le pouvoir d’achat a été uniquement garanti par les augmentations individuelles pour le personnel au sol non cadre (1,4% par an entre 2013 et 2016 et 2,1% en 2017 et par le GVT (Glissement vieillesse technicité) pour les PNC et PNT. Ces chiffres sont des moyennes et beaucoup de salariés estiment n’avoir pas été récompensés à la hauteur de leurs efforts ce qui ajoute de la frustration à un quotidien souvent difficile.

Un rapport de force qui s’installe entre la direction et certains  syndicats  qui montrent que le dialogue social est toujours difficile.

La compagnie a-t-elle les moyens de sortir le carnet de chèque après avoir mis 200 Millions sur la table en intéressement et augmentations générales et individuelles ?

Même si les résultats 2017 sont solides, le groupe Air France reste un colosse au pied d’argile et doit faire face à des gros investissements dans les trois années à venir et veut avoir les moyens financiers de participer à la consolidation du secteur aérien en Europe. Avec une inflation contenue, la direction ne veut pas et ne peut pas faire décoller les salaires à hauteur de + 6%.

 

Les Assises du transport aérien français

C’est dans ce contexte social tendu que le Groupe Air France participera aux Assises du Transport aérien qui se tiendront de mi-mars à fin Mai 2018 autour du thème de la performance.

Les syndicats d’Air France ont souvent expliqué qu’ils ne bougeraient pas si l’État ne faisait rien lui non plus et vice versa.

Améliorer la compétitivité du transport aérien français pénalisé par une lourde fiscalité,par le financement de la sureté par les passagers, par  des charges sociales élevées par rapport aux concurrents étrangers afin de freiner le retard de croissance des compagnies aériennes françaises sera l’enjeu de ses assises.

Depuis 2000, les parts de marché dans l’Hexagone des compagnies tricolores ont chuté de 60 à 43%. Le groupe Air France représente 90% du trafic du pavillon français au départ de la Métropole. C’est donc un acteur incontournable et sa performance est nécessaire à la performance des aéroports parisiens.