RÉSULTATS ANNUELS 2018

Avec une année socialement compliquée, il ne fallait pas s’attendre à des résultats annuels aussi bons qu’en 2017.
Focalisée sur ces problèmes internes Air France n’a pas profité d’un environnement économique porteur pour le transport aérien.
L’impact des grèves, les enjeux énormes de difficultés opérationnelles rencontrées tout particulièrement au troisième trimestre à l’aéroport Charles de Gaulle, la hausse du carburant et la dégradation des résultats au quatrième trimestre expliquent la contre-performance des résultats 2018.
Le résultat d’exploitation du Groupe Air France est de 266 Millions d’Euros, résultat positif par le basculement à de nouvelles normes IFRS (normes comptables internationales) depuis le 01 Janvier 2018 et par le financement en baisse des B777.
En comptes sociaux (regardés par le fisc français) le résultat d’exploitation de la Société Air France est de – 217 Millions d’Euros. Avec une marge opérationnelle de 1,7% (en baisse de 3 points par rapport à 2017), Air France s’éloigne à nouveau des performances opérationnelles de KLM et de ses principaux concurrents IAG et Lufthansa.
Un résultat net négatif et des capitaux propres négatifs vont limiter sa capacité financière à venir.

La grève de l’intersyndicale en 2018 a pesé pour -335 Millions sur le résultat d’exploitation.
On ne refait pas l’histoire et chacun a un avis sur cette guerre syndicale portée par l’ancienne équipe du SNPL. C’est un échec collectif qui s’est terminé par une nouvelle négociation annuelle obligatoire en Octobre 2018 actant 4% d’augmentation générale sur deux ans .Ce nouvel accord représente seulement 12 millions d’Euros de plus que l’accord proposé par référendum par Jean-Marc JANAILLAC.
Les résultats annuels ne permettront pas aux salariés d’Air France de bénéficier d’une participation et d’un intéressement au titre de l’année 2018.

UN NOUVEAU DÉPART

Après quelques mois sans dirigeant, Ben SMITH arrivé en Septembre 2018 s’est concentré sur les relations sociales et a réussi à signer un accord avec les PNC. Les PNT viennent de décider par référendum d’accepter la signature d’un accord avec la direction modifiant entre autre les règles de production Balance entre AF et KLM.
Ces accords ont un coût que Ben SMITH assume et  considère incontournable et préférable à un risque permanent d’appel à la grève et de défiance sociale.
Pour les PNC, l’accord intègre une révision de la grille salariale des nouveaux embauchés à compter du 01 Février 2019. Le salaire d’entrée sera identique avec une modération de la progression entre les deux premiers échelons. L’économie sur les salaires sera donc portée uniquement par les nouveaux contrairement au personnel au Sol qui a dû collectivement abandonner le GVT.
Les PNT ont obtenu une hausse de 4,7%( s’ajoutant aux 4% d’augmentations générales) ce qui correspond à peu près à leurs revendications de l’année dernière.
Il est prévu des contreparties dont de nouveaux critères sur les normes de comparaison pour définir les parts respectives des pilotes AF et KL dans l’exploitation des vols. Dorénavant, seront pris en compte à la fois les Heures de Vol et les capacités théoriques d’un avion déterminées par le certificat de navigabilité. Le critère des SKO (Sièges Kilomètres offerts) est abandonné.
Cela permettra aux deux compagnies de choisir des cabines plus ou moins densifiées sans se heurter au veto des pilotes.

TROP DE MARQUES TUE LA MARQUE

Après avoir  fêté sa première année d’exploitation, Joon arrêtera ses vols à partir du 27 Juin 2019.
Joon a tenu ses objectifs financiers. Cependant les clients et le public n’ont pas compris le positionnement de cette marque ni complètement Air France ni complètement low cost. Du coup le NPS de Joon est le plus faible du groupe notamment sur le Moyen-Courrier où le « buy on board  » a été mal perçu.
Son modèle opérationnel n’a  pas permis de redresser d’une façon évidente le résultat d’exploitation du Hub Moyen-Courrier et a raté sa cible initiale sur le Long-Courrier.
Cet outil prévu compétitif pour pérenniser l’alimentation du Hub de Charles de Gaulle a connu également des problèmes d’exploitation amplifié par une flotte peu importante.
Le business case de départ était un peu ambitieux et les effets positifs pas aussi pertinents que prévus sur le moyen terme.
Tous les salariés de Joon seront intégrés dans les équipes Air France ce qui permettra aux PNC de retrouver des conditions de travail beaucoup plus acceptables.
La marque HOP dédiée au Court Courrier va changer. La modification parait anecdotique (Hop, Air France va être remplacé par Air France HOP). Cela signe cependant la fin de son indépendance car les avions de la Société HOP serviront à la production de vols sous numéro Air France.
La Navette deviendra un service et ne sera plus considérée comme une marque.
Quant à la stratégie Court courrier, il faudra attendre le Printemps.

UN GROUPE PLUS INTÉGRÉ

Tout le monde a pu suivre le psychodrame largement médiatisé et porté au plus haut niveau du Groupe au sujet de la décision sur la reconduction du mandat de Pieter ELBERS, Directeur général de KLM, très soutenu par son personnel et par le gouvernement hollandais.
La méfiance de KLM envers Air France ne date pas d’hier mais le bras de fer dont nous avons été témoins montre que la relation entre les deux filiales est loin d’être  sereine. La compagnie KLM  qui tire les résultats du Groupe vers le haut depuis quelques années est très attachée à son indépendance et refuse depuis 15 ans que le PDG ou le DG d’Air France siège au Conseil de Surveillance de KLM.
Persuadé de l’importance d’une organisation plus intégrée, Ben Smith n’a pas cédé et obtenu en échange de la reconduction du mandat du DG de KLM un poste d’administrateur au Conseil de surveillance de KLM pour lui-même et une coopération renforcée entre les deux compagnies. Les décisions stratégiques concernant Air France et KLM sont transférées au dirigeant d’AF/KL ce qui lui donne la main sur la flotte, le réseau, les achats, les finances et les alliances.
Ben Smith propose aussi une nouvelle organisation au niveau du groupe en nommant Anne RIGAIL et Pieter ELBERS directeur généraux adjoints.
Le directeur financier, Frédéric GAGEY et un  directeur de Transavia chargé de la stratégie de la marque des deux compagnies feront également partie du comité de direction.
Chaque compagnie managera ses employés mais la vision devra être commune.
En quelques mois, Ben Smith appelé Ben l’artiste par un journaliste  a réussi à dénouer la crise sociale d’Air France et la crise de gouvernance. Sa connaissance des métiers de l’aérien, sa détermination et son pragmatisme lui ont permis de restaurer la confiance des PN.

Sa prochaine étape sera la présentation de sa future stratégie au Printemps. Après avoir travaillé sur la confiance en sortant le carnet de chèque, il va s’atteler à son objectif de faire d’Air France KLM un leader européen. Le plus dur reste à faire